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Le tapis Simonetti : un chef-d’œuvre venu du Caire mamelouk

Le tapis Simonetti : un chef-d’œuvre venu du Caire mamelouk

Nadine Sayegh – Paris 

nadine sayegh

Au cœur des collections du Métropolitain Museum of Art de New York se trouve un tapis ancien qui fascine, depuis plus d’un siècle, historiens, artistes et amateurs d’art textile : le tapis Simonetti, également appelé « Five Médaillon Carpet ». Tissé autour de l’an 1500 sous le sultanat mamelouk d’Égypte, ce tapis, l’un des plus beaux exemples de tapis mamelouk au monde, sommet de l’art décoratif islamique.

À première vue, ce qui frappe est l’extraordinaire équilibre de sa composition. Contrairement aux tapis persans classiques centrés sur un unique médaillon, le tapis Simonetti déploie cinq grands médaillons géométriques, reliés entre eux dans une harmonie presque architecturale. Les rouges profonds, les bleus intenses et les jaunes dorés rappelant les mosaïques orientales, créent une impression de lumière et de mouvement qui demeure étonnamment moderne malgré ses cinq siècles d’existence.

Au-delà de sa beauté, le tapis Simonetti témoigne d’un savoir-faire exceptionnel. Les artisans mamelouks travaillaient la laine avec une précision remarquable. Chaque nœud était réalisé à la main, demandant des mois, parfois des années, de travail patient.

Les spécialistes pensent qu’il fut tissé dans les ateliers du Caire à une époque où les Mamelouks dominaient les routes commerciales entre l’Orient et la Méditerranée. Ces tapis n’étaient pas de simples objets utilitaires : ils symbolisaient le prestige, la richesse et le raffinement culturel. Ils voyageaient dans les palais, les mosquées et les grandes maisons marchandes, devenant parfois des cadeaux diplomatiques entre souverains.

Le nom « Simonetti » vient d’un collectionneur italien qui posséda le tapis avant son entrée dans les collections américaines. Son parcours illustre d’ailleurs le destin cosmopolite des œuvres d’art : né dans les ateliers du Caire, admiré en Europe, puis conservé à New York, ce tapis raconte une histoire de circulation culturelle entre les civilisations.

Dans un monde contemporain dominé par la production rapide et standardisée, ce tapis incarne la valeur du temps long, de l’artisanat et de la transmission. Des textiles, vecteurs de mémoire, de pouvoir et d’identité culturelle.

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