Le syrien : une langue née avant les frontières !

Le syrien : une langue née avant les frontières !
Nadine Sayegh-paris
Le syrien, souvent appelé à tort « dialecte », est bien plus qu’une simple variante de l’arabe. Il est le fruit d’une histoire millénaire, d’un territoire-carrefour et d’une mémoire linguistique profondément enracinée dans le Levant. Comprendre la naissance du syrien, c’est comprendre une part essentielle de l’identité culturelle syrienne.
Une terre avant l’arabe
Bien avant l’arrivée de l’arabe au VIIᵉ siècle, la Syrie était un espace linguistique foisonnant. On y parlait principalement l’araméen, langue sémitique devenue, pendant plus d’un millénaire, la langue de la vie quotidienne, du commerce, de la culture et de la spiritualité. Des sons, une intonation
Des mots encore utilisés aujourd’hui tel šū (quoi) ← araméen, lēš (pourquoi) ← araméen, baʿdēn (ensuite) provenant de structures sémitiques anciennes !
Le syriaque, une forme littéraire et religieuse de l’araméen y a également joué un rôle majeur, notamment dans les communautés chrétiennes. À cela s’ajoutaient le phénicien sur les côtes, et le grec à l’époque hellénistique et romaine. Cette pluralité linguistique a profondément marqué la façon dont les habitants de la région ont ensuite accueilli l’arabe.
L’arabisation, adaptation ou rupture
Avec la conquête musulmane, l’arabe devient langue administrative et religieuse. Mais la population locale ne l’adopte pas comme une langue étrangère figée. Elle la transforme et l’adapte à ses structures, mentales et linguistiques héritées de l’araméen. C’est ainsi que naît progressivement ce que l’on appelle aujourd’hui l’arabe levantin, dont le syrien est l’une des expressions principales. La grammaire se simplifie, la prononciation change. Avec quelques structures anciennes, qui persistent.
Influences étrangères
De l’Empire ottoman (1516–1918) au mandat français, tous deux ont eu un fort impact sur la langue locale. On y retrouve des mots tels šanta (sac), bābūr (bateau à vapeur), oda (chambre), balkōn….
Ainsi, le syrien n’est pas un arabe « déformé » mais un arabe enraciné dans une histoire plus ancienne. Chaque époque laissant une empreinte, sans jamais effacer le socle levantin. Il est l’histoire d’une continuité, celle d’un peuple qui a traversé les empires, les langues et les époques, sans jamais perdre sa voix !




