Quand l’Histoire s’invite dans l’assiette !

Quand l’Histoire s’invite dans l’assiette !
Nadine Sayegh-Paris
La gastronomie n’est pas seulement affaire de goût ou de tradition. Derrière de nombreux plats célèbres, se cachent des récits humains, faits d’hommages, d’erreurs ou de stratégies. La cuisine devient alors une forme de mémoire vivante, transformant un simple plat en symbole de reconnaissance et d’admiration. Ces recettes portent un nom, mais aussi une époque et une relation humaine ! De ce fait, chaque recette devient bien plus qu’un savoir-faire : elle transmet un contexte, une intention, une histoire collective. En dégustant ces plats, nous goûtons aussi aux récits du passé.
Des recettes en hommage à une personnalité
La Pêche Melba fut imaginée par le chef Auguste Escoffier. Une douceur dédiée à la cantatrice australienne Nellie Melba, admirée pour sa voix exceptionnelle. Hommage très gourmand pour cet art lyrique ! Quant à la crêpe Suzette, elle fut créée accidentellement pour le prince de Galles (futur Édouard VII). Le dessert fut flambé par erreur et l’erreur fit sensation. L’accident devint un chef-d’œuvre, rappelant que l’Histoire avance parfois grâce à l’imprévu.
La cuisine et les événements historiques
Le Poulet Marengo aurait été préparé pour Napoléon Bonaparte après la bataille portant ce même nom, avec des ingrédients disponibles sur place ! Né dans l’urgence d’un champ de bataille, ce plat est devenu un symbole de victoire et de résilience. Quid de la Madeleine. Ce petit gâteau tiendrait son nom d’une jeune servante appelée Madeleine Paulmier, qui l’aurait préparé pour Stanislas Leszczynski, roi de Pologne exilé en Lorraine. Et le steak Chateaubriand, nommé d’après l’écrivain et homme politique français François-René de Chateaubriand. Son cuisinier aurait créé cette pièce de bœuf épaisse et noble pour refléter le raffinement de son maître.
Quant au cassoulet, il trouve ses racines au Moyen-Âge pendant la guerre de Cent Ans (XIVᵉ siècle). Les habitants de Castelnaudary auraient rassemblé toutes leurs provisions (viandes, fève, légumes…) pour nourrir les soldats défendant la ville contre les Anglais. Cependant, l’ingrédient-clé arrive plus tard. Le haricot blanc n’apparaît en Europe qu’au XVIᵉ siècle, après la découverte des Amériques. Il remplacera progressivement les fèves et devient la base du cassoulet moderne !
Quid des stratégies politiques ou sociales
Le sandwich doit son nom au comte de Sandwich, figure politique britannique, qui cherchait un repas pratique lui permettant de continuer à travailler sans quitter sa table. Quid du croque-monsieur, cet enfant des cafés parisiens qui apparaît au début du XXᵉ siècle dans les brasseries et cafés fréquentés par les ouvriers, employés et intellectuels. La première trace écrite connue dans un menu, date de 1910. Des gentlemen en costumes seraient entrés dans un café pour commandent à manger. Le cafetier, manquant de baguette, va utiliser du pain de mie, en le garnissant de jambon et de fromage pour l’enrichir, puis le passe sur un gril pour le rendre chaud et croustillant. Et le croque est né, associé à « Monsieur » pour souligner son caractère bourgeois, par opposition aux plats populaires mangés debout !
Ainsi, chaque recette raconte bien plus qu’un savoir-faire culinaire. Elle transmet une époque, une intention, parfois une idéologie. En goûtant ces plats, nous dégustons aussi une part de l’Histoire !




