Alep, berceau de l’imprimerie arabe ou diffusion d’une révolution culturelle
Nadine Sayegh-Paris
Longtemps avant que l’imprimerie ne se généralise dans le monde arabe, Alep fut le lieu d’une première décisive. Au début du XVIIIᵉ siècle, dans cette ville-carrefour entre Orient et Occident, l’arabe entra pour la première fois dans l’ère de l’imprimé sur son propre sol. Une révolution discrète, mais fondatrice !
Au tournant du XVIIIᵉ siècle, Alep est l’une des grandes métropoles de l’Empire ottoman : centre commercial international, foyer intellectuel et religieux actif, ville de coexistence culturelle et linguistique. Ce dynamisme crée un environnement favorable à l’introduction d’une technologie encore nouvelle dans le monde arabe : l’imprimerie en caractères arabes.
Abdallah Zahr, l’initiative fondatrice
La naissance de l’imprimerie arabe à Alep commence avec une figure essentielle, souvent oubliée : le moine Abdallah Zahr. Moine arabophone, artisan et érudit, il entreprend de concevoir et fondre localement des caractères arabes. Il pose les bases techniques de la première imprimerie arabe d’Alep.
Son travail marque un tournant historique : l’arabe n’est plus seulement copié à la main, il devient imprimable, reproductible, transmissible à plus grande échelle.
Athanase IV Dabbas structure et diffuse
L’initiative d’Abdallah Zahr trouve un prolongement décisif grâce au patriarche Athanase IV Dabbas, qui soutient le projet, lui donne une organisation durable et favorise la diffusion des livres imprimés.
Cette collaboration entre savoir-faire artisanal et soutien institutionnel permet à l’imprimerie d’Alep de s’inscrire dans le temps et de dépasser le cadre local.
Une imprimerie entre tradition et innovation
Les premiers livres imprimés à Alep sont principalement religieux, utilisent l’arabe comme langue vivante des communautés et imitent souvent l’esthétique des manuscrits.
Loin de rompre avec la tradition, l’imprimerie cherche à la prolonger, en respectant la calligraphie, la lisibilité et la dimension spirituelle du texte.
De Alep au monde arabe, une diffusion progressive
À partir d’Alep, l’imprimerie arabe se diffuse lentement mais durablement. Du Levant, Alep ouvre la voie à Beyrouth et Damas, futurs centres majeurs de l’édition arabe. En Égypte, l’imprimerie de Būlāq (1820) marque l’entrée de l’imprimé arabe dans l’État moderne et l’enseignement. Au Maghreb, des initiatives, comme l’imprimerie d’Abbas et Benfardji, témoignent de l’appropriation locale de l’imprimerie et de sa diffusion vers l’Ouest. Ainsi, chaque région adapte l’imprimerie à son contexte politique, religieux et culturel, faisant de l’imprimé arabe un espace commun mais pluriel.
Un impact socioculturel majeur
De ce fait, Alep a su contribuer à élargir l’accès au savoir, à renforcer l’éducation et la transmission des sciences, à favoriser l’émergence d’une vie intellectuelle moderne et a pu préparer le terrain de la Nahda arabe !
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