Conduire à gauche, à droite ! Un héritage culturel inscrit dans l’asphalte

Conduire à gauche, à droite ! Un héritage culturel inscrit dans l’asphalte
Nadine Sayegh-Paris

Aujourd’hui, le sens de circulation paraît aller de soi. En France, conduire à droite est une évidence. Pourtant, ailleurs, au Royaume-Uni, au Japon ou en Australie, on roule à gauche. Cette différence, qui semble anodine est le fruit d’une longue histoire mêlant guerre, pouvoir, techniques et symboles sociaux.
Quand la route était un champ de bataille
Pour comprendre l’origine du sens de circulation, il faut remonter bien avant l’automobile, à l’époque où les routes étaient parcourues par des cavaliers armés. Comme la majorité des humains étant droitiers, les chevaliers préféraient circuler à gauche de la route, cela leur permettait de garder la main droite libre pour dégainer leur épée.
Le tournant des charrettes et du commerce
Tout change avec l’essor du commerce et des véhicules lourds, notamment en Europe continentale et en Amérique du Nord. Les grands chariots tirés par plusieurs chevaux étaient souvent conduits sans siège, avec le conducteur debout sur le cheval arrière gauche, tenant le fouet de la main droite. Dans cette configuration, il devenait plus pratique de circuler à droite, afin de mieux évaluer les distances avec les véhicules croisés. Progressivement, le commerce impose cette logique plus « fonctionnelle » que martiale !
Napoléon, mythe ou réalité
Impossible d’ignorer Napoléon Bonaparte dans cette histoire. Gaucher, stratège, conquérant, il est souvent, ‘accusé’ d’avoir imposé la circulation à droite, avec des conquêtes qui vont diffuser cette règle dans une grande partie de l’Europe continentale. Les pays opposés à la France napoléonienne, comme le Royaume-Uni, conservent volontairement la conduite à gauche, par distinction politique et culturelle. Ainsi, le sens de circulation devient aussi un marqueur idéologique !
L’Empire britannique et l’exportation de la gauche
Le Royaume-Uni, qui formalise la conduite à gauche dès le XVIIIᵉ siècle, exporte cette norme dans tout son empire : Inde, Australie, Afrique du Sud. Et le Japon s’en suit par influence technique britannique sur les chemins de fer. De ce fait, on arrive aujourd’hui à 35 % de la population mondiale qui roule à gauche.
Une décision devenue identitaire
Une fois les infrastructures mises en place, routes, panneaux, véhicules…, changer de sens devient extrêmement coûteux. Le sens de circulation se fige alors comme une tradition nationale, presque identitaire. Cependant, la Suède fait exception à la règle en s’adaptant à la norme européenne. Elle passa de la conduite à gauche à la droite lors du “Dagen H”. En ce dimanche 3 septembre 1967, à 5 heures du matin, de nouveaux panneaux de signalisation s’installent et les feux de circulation s’inversent. En dix minutes exactement, une opération logistique massive s’effectue dans tout le pays, de manière très civilisée !




