L’empaquetage, cet art qui cache pour mieux se redécouvrir !

Nadine Sayegh-Paris
Christo n’a pas fini d’étonner ses admirateurs même après sa mort.
Du samedi 18 septembre au dimanche 3 octobre 2021, ses collaborateurs lui offrent l’Arc de Triomphe empaqueté, son cadeau à titre posthume. Ce projet remonte aux années 60, “mais à l’époque, on n’a pas pu obtenir l’autorisation de le réaliser “ avait alors expliqué Christo à France Inter. Aujourd’hui, par l’intervention d’une quarantaine d’alpinistes, un voile plissé argenté de 25 000 mètres carré, recyclable, ainsi que 3 000 mètres de corde rouge, ont fini par recouvrir entièrement le monument symbolique de la place de l’Etoile à Paris.
Les œuvres de Christo, cet artiste-plasticien d’origine bulgare, et de Jeanne-Claude ont toujours impressionnées le public pour leur donner de nouvelles visions : « on voudrait que l’ouvre acquière une tout autre forme, une tout autre identité, un tout autre prestige ».
En 1985, Jeanne-Claude et Christo emballent le Pont Neuf de Paris, le plus vieux pont de la capitale, avec 40 000 m2 de polyester ocre-jaune et en 1995 le Reichstag à Berlin.
Ce couple d’artistes, né le même jour, un 13 juin 1935, a une pratique artistique inclassable et singulière :
« Il ne s’agit pas d’emballage mais d’empaquetage car dans ce mot il y a l’idée de voyage, de déplacement. Quelque chose de fugitif et de nomade » comme insiste à le répéter Christo.
En effet, l’empaquetage, cette réflexion née en 1957 à partir d’un pot de peinture, est une manière d’arrêter le regard et de créer un temps suspendu.
Christo a fait toutes sortes d’empaquetage, jusqu’à un caddie de supermarché, puis à l’échelle de rue, le Mur de barils ou le rideau de fer de la rue Visconti en 1968. Et finalement, son travail a pris la dimension de paysages et de monuments.
Mais pour oser faire tout cela, il lui a fallu une liberté extraordinaire, et surtout financière. En effet, tous ses projets sont entièrement autofinancés “grâce à la vente des études préparatoires, dessins, collages, ainsi que des maquettes, œuvres des années cinquante-soixante et des lithographies originales dédiées à d’autres sujets ».
Certes si aujourd’hui l’Arc de Triomphe se déambule au rythme du vent comme un objet vivant sur une surface sensuelle, qu’en est-il du gaspillage de ses 25 000 m2 de tissu sur le plan environnemental à une époque où tous les débats se focalisent sur la sauvegarde et la protection de la nature ?