Le métro parisien. Quand les stations racontent l’Histoire
Nadine Sayegh – Paris
À Paris, le métro ne raconte pas seulement les déplacements des voyageurs : il raconte aussi l’évolution de la ville, ses personnalités et le choix de mémoire d’une société, car derrière chaque nom de station se cache une histoire. Notamment après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs stations ont changé de nom pour rendre hommage à la Résistance, aux alliés et aux grandes batailles de la Libération
Depuis l’ouverture de ses premières lignes en 1900, le métro parisien accompagne les transformations de la capitale. Les noms de ses stations sont autant de repères dans l’espace urbain que dans le temps. La plupart trouvent leur origine dans les rues, les places, les monuments ou les quartiers qu’elles desservent. Bastille évoque un lieu majeur de la Révolution française. Hôtel de Ville renvoie au siège de la municipalité parisienne, tandis que Montparnasse fait référence à un quartier longtemps associé à la vie artistique et intellectuelle
Certaines s’adaptent aux besoins pratiques. La station Grands Boulevards, portait auparavant le nom de Rue Montmartre. Elle est renommée en 1998 afin d’éviter la confusion avec le quartier de Montmartre, situé plus au nord de Paris
D’autres portent le nom de personnalités qui ont marqué la science, la politique, la littérature ou l’histoire nationale : Pasteur, Victor Hugo, Jaurès ou encore Voltaire
Ces dénominations ne sont pourtant pas immuables. Au fil des décennies, certaines stations ont changé de nom, révélant la manière dont une époque évolue et choisit de représenter son passé pour transmettre ses valeurs
Ainsi, après 1945, le métro devient un lieu de mémoire. La Seconde Guerre mondiale constitue un tournant important. À la Libération, Paris doit se reconstruire matériellement, mais aussi symboliquement et la société française cherche à honorer ses résistants
Ainsi entre 1945 et 1949, plusieurs stations changent de dénomination. La station Combat devient Colonel Fabien, hommage à Pierre Georges, résistant communiste connu sous le pseudonyme de Colonel Fabien
La station Petits Ménages est rebaptisée Corentin Celton en 1945, infirmier et militant syndical, engagé dans la Résistance et fusillé par les autorités allemandes en 1943
La station aujourd’hui appelée Charles Michels portait initialement le nom de Beaugrenelle. Elle adopte sa nouvelle dénomination en 1945 pour honorer ce député arrêté puis fusillé par les Allemands en 1941
Une mémoire qui ne se limite pas aux résistants français. Elle s’exprime également à travers les noms de certains alliés et leur rôle dans la victoire. La station Marbeuf devient Franklin D. Roosevelt, hommage au président des États-Unis. Obligado devient Argentine pour remercier l’Argentine de son soutien pendant la Seconde Guerre mondiale
Ce sont toutes des dénominations qui révèlent une mémoire plurielle, un nom présent au quotidien : il est lu sur les panneaux, annoncé dans les rames, imprimé sur les plans et transmis aux générations suivantes. Le métro, un vrai patrimoine vivant
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