Dabké : quand la terre devient rythme !
Nadine Sayegh-Paris
La dabké puise ses origines dans un geste simple, mais, chargé de sens : “frapper du pied”, puisque le mot arabe (دبكة) vient du verbe “dabaka”, qui veut dire “taper” , “piétiner” , une danse qui serait née de pratiques communautaires agraires. Pour tasser la terre battue sur les toits ou les aires de battage, les villageois se donnaient la main et dansaient en ligne, frappant le sol en rythme. Au fil du temps, ce geste de labeur s’est transformé en rituel festif, célébrant la moisson, les mariages ou les retrouvailles. Un langage qui dit l’unité, la résistance et la joie partagée. Le leader des danseurs, appelé “le raïs” ou ” le lawwih”, improvise des mouvements dynamiques, tandis que les autres suivent à l’unisson, créant un flux puissant, presque hypnotique.
Chaque région a façonné sa propre variation. En Palestine, la dabké se fait souvent plus vive, plus guerrière, comme une réponse chorégraphique à l’histoire de la résistance. En Jordanie, elle mêle pas militaires et gestes amples. Au Liban, certaines troupes l’ont élevée au rang de spectacle contemporain, intégrant des éléments modernes tout en respectant l’esprit ancestral.
Aujourd’hui, la dabké dépasse les frontières du Levant. Dans les diasporas arabes à Paris, Berlin ou Montréal, elle est devenue un symbole d’identité, de transmission et de fierté culturelle. Lors des mariages, festivals ou rassemblements communautaires, elle réunit les générations et ressuscite un héritage parfois fragilisé par l’exil.
Mieux encore, des troupes comme El-Funoun, Caracalla ou Hawiyya ont contribué à professionnaliser la dabké, en la portant sur les scènes internationales. Chorégraphies élaborées, costumes somptueux, narration engagée : la danse devient spectacle, sans jamais trahir sa source. Elle incarne ce souffle de mémoire, ce pied qui tape le sol pour dire : « je suis là, j’existe, j’appartiens » dans un monde en quête de repères et de liens!
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